Par Francis Millaire
Il y a des hommes qui marquent un match par leurs buts, d’autres par leurs arrêts spectaculaires. Mais il y a aussi ceux qui laissent leur empreinte par leur droiture, leur passion et leur présence discrète mais essentielle : les arbitres. Parmi eux, Pascal Michaudville se démarque depuis plus de 40 ans, autant sur les patinoires glacées que sur les terrains de balle molle.
Les premiers coups de sifflet
Tout a commencé en 1981. Son père, gérant d’aréna, l’initie à la vie sportive. Pascal devient d’abord marqueur avant de sauter sur la glace, faute d’arbitres dans une ligue féminine. Il découvre alors qu’il a non seulement le coup de patin, mais aussi le caractère pour occuper cette position exigeante.
« J’avais la chance de patiner tôt, raconte-t-il. Et tranquillement, j’ai compris que l’arbitrage me donnait un rôle différent, mais tout aussi important dans le sport. »
Joueur, entraîneur et passionné
Avant d’endosser l’uniforme rayé, Pascal a été gardien de but, joueur, et même entraîneur. Sept saisons dans la ligue super junior font de lui l’un des joueurs les plus assidus de son époque. Mais c’est aussi sur les terrains de balle molle qu’il s’épanouit. Grâce à ses amis – dont les frères Pilote –, il dispute jusqu’à 19 tournois par année.
Il se souvient particulièrement de la saison 2015 : son équipe est couronnée « Équipe de l’année », lui-même est nommé « Entraîneur de l’année », et Dany Poudrier aurait dû rafler le titre de joueur le plus utile. « C’était une saison de rêve », résume-t-il avec un sourire.
Inspiré par les anciens, modèle pour les jeunes
Dans son parcours, Pascal a croisé plusieurs figures marquantes. Des arbitres comme Mario Venne, Pierre Bohémier, Pomerleau ou Lachapelle junior lui ont montré qu’on pouvait allier sérieux et plaisir. Puis, Nelson Éthier, ami précieux, lui transmet l’art de l’organisation, la rigueur et l’importance de bâtir une équipe soudée.
Aujourd’hui, Pascal incarne ce même rôle de mentor.
« J’ai des gars de plus de 60 ans qui continuent parce qu’ils s’amusent encore, et des jeunes qui deviennent mes amis. Mon plus grand bonheur, c’est de voir la rétention d’arbitres dans notre coin. Ça, ça veut tout dire. »
L’évolution du jeu et de l’arbitrage
Le hockey qu’il arbitre aujourd’hui n’est plus celui de ses débuts. « On avait des 2 lignes, ça ralentissait le jeu. Maintenant, ça va beaucoup plus vite. Mais je trouve qu’il y a eu une belle évolution dans le respect envers les arbitres. Les gens comprennent mieux le temps qu’on met pour se former. »
Pour lui, arbitrer, c’est plus que faire respecter les règlements. « C’est garder son sang-froid, montrer qu’on a du plaisir même dans les moments difficiles. Les joueurs et les partisans le sentent. »
Des souvenirs gravés à jamais
Sa carrière est riche en anecdotes, des plus cocasses aux plus touchantes. Il rit encore de ce partisan qui lui a crié : « Lâche pas ton job de jour ! » lors d’une soirée difficile. Mais il garde surtout en mémoire les succès collectifs : 15 arbitres de sa région envoyés à la Coupe Chevrolet, certains promus dans des ligues AAA et AA, mais restés attachés à leur association locale.
Il cite aussi avec émotion sa première Coupe Dodge comme arbitre en 2018, et ce match où son ami, le regretté Denis Grenier, avait marqué le point gagnant en Abitibi.
Transmettre la passion
À 55 ans, Pascal sait que la majorité de son parcours est derrière lui. Mais il aborde l’avenir avec la même passion qu’à ses débuts. « Je veux transmettre ce que Nelson m’a laissé et boucler la boucle bientôt. J’aurai fait des heureux en passant le flambeau. »
Son message aux jeunes est simple :
« Faites-le par plaisir. Que ce soit un novice un dimanche matin ou un junior un samedi soir, tous les joueurs méritent le même service. »
Avec sa rigueur, sa passion et son sourire, Pascal Michaudville rappelle que les arbitres ne sont pas seulement ceux qui sifflent les fautes. Ils sont des bâtisseurs de respect, de camaraderie et de plaisir de jouer.


